50ème chronique Pour une Europe Fédérale

La France est belle. Mais la France est petite. De plus en plus petite …

Sixième puissance mondiale aujourd’hui avec son PIB à 2200 milliards de dollars, elle était en quatrième position en 1980 juste derrière l’Allemagne et sera sans doute exclue du G8 en 2030 dépassée par l’Inde et le Brésil. Alors restons modestes et lucides. Notre puissance économique désormais moyenne rend notre participation à l’Europe inéluctable dans les luttes économiques et politiques avec les géants que sont les Etats-Unis, la Chine, le Japon ou la Russie, …

D’autant plus que l’arrivée de Trump aux Etats-Unis, avec son désengagement de l’OTAN, les tensions avec la Russie et les guerres au Moyen-Orient avec la Syrie et Daech, nécessitent une relance de l’Europe de la Défense aujourd’hui quasi-inexistante. De façon à compter enfin dans la recherche de solutions pacifiques entre les Etats en tension, à lutter à la fois contre Bachar el Assad, qui a opprimé son peuple, et contre un Daech destructeur qui s’abreuve à l’insatisfaction de populations opprimées., à rechercher enfin une solution au conflit israelo-palestinien,…

Comment peut-on chercher à lutter contre la surenchère fiscale et sociale de nos concurrents économiques sans une Europe forte capable avec un Parlement et un Budget propres d’imposer des règles communes ? A contrario, une Europe des Nations molle est destinée à dégrader ses conditions de vie pour résister à une concurrence de plus en plus exacerbée. Il faut profiter du départ des anglais, largement responsables d’une Europe réduite à un grand marche intérieur dans une concurrence généralisée anglo-saxonne, pour redéfinir les objectifs européens en matière de politique sociale, écologique et énergétique.

Rappelons que la France exporte et importe plus du quart de sa richesse avec le reste du Monde dont près de 60% avec la seule Union Européenne. Complétement intriquée dans ce commerce privilégié avec ses partenaires européens, comment la France pourrait-elle un jour revenir en arrière ? Quelles conséquences pour son niveau de vie ?   Le PIB de la France a augmenté de 600 milliards d’euros depuis la création de l’euro (source Wikipedia) soit une hausse de 40%, rendant caduque l’argument selon lequel l’euro aurait eu des conséquences négatives sur la croissance (et ceci malgré la crise de 2008).

Le problème de l’emploi (et donc du chômage) n’a rien à voir avec l’Europe, puisqu’il est étroitement lié à l’accroissement très important de la productivité, laquelle n’a pas été assez rapidement compensée par une baisse de la durée du travail (1). Là aussi c’est une problématique européenne autant que nationale qu’il faudra bien un jour résoudre ! L’emploi est aussi lié à la capacité de la France de produire mieux dans la concurrence internationale avec des produits de plus haute valeur ajoutée, ce qui suppose une dynamique industrielle qui n’a rien à voir avec le coût de la main d’œuvre mais seulement avec une meilleure valorisation du savoir-faire français et de la coopération européenne.

Il ne sert pas à grand-chose de regretter le temps de la puissance de la France d’antan. Il faut plutôt s’attacher à créer les conditions pour que la concurrence qui est désormais inévitablement internationale, se réalise dans les conditions les meilleures pour l’ensemble des populations. En militant avec force et conviction pour une Europe fédérale sociale et écologique !

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

  • Si on produisait 100 avec 10 de main d’œuvre, c’est-à-dire avec une productivité de 10, et si on produit désormais 100 avec 5 de main d’œuvre avec une productivité de 20, on a divisé l’emploi par 2. Si on veut maintenir l’emploi il faut diviser la durée du travail par 2. CQFD

 

49ème chronique L’Etat Stratège

Drôle de campagne présidentielle où les élus des primaires de droite et de gauche, pourtant mobilisatrices, sont en mauvaise posture dans les sondages. Le premier parce qu’il s’est fait prendre la main dans le sac (lamentable !), le second parce qu’il a réduit sa mesure phare, son revenu universel, comme peau de chagrin sans l’avoir jamais vraiment bien expliqué et donc bien fait comprendre et peut-être aussi un peu par manque de charisme.

Il reste au centre un évangéliste du « ne changeons rien », et à gauche un prédicateur du « changeons tout ». Ne parlons pas de l’extrême droite, avec une candidate sortie tout droit de la halle aux poissons en proclamant « revenons en arrière entre nous ».

Sur le fond, des tas de propositions plus ou moins libérales, plus ou moins sociales, dont on cherche vraiment le sens et la finalité.

Or voter pour un président de la République Française c’est adhérer à une vision, passer un contrat avec un personnage qui va fixer le cap, les grandes lignes directrices d’une stratégie visant à améliorer le sort des français. Pas pour inaugurer les chysanthèmes. Aussi est-ce inutile de demander aux candidats à un tel poste quel est le prix du ticket de métro ou s’il va continuer à augmenter le nombre de radars sur la route.

De la hauteur, vous dis-je !

Et puis un président ne peut pas tout faire et surtout ne doit pas tout faire : il doit diriger un Etat dont le rôle, en dehors des fonctions purement régaliennes (la police, l’armée, la justice, la monnaie et l’impôt), est de réguler et d’inciter, à partir de cette vision et de ce contrat avec le peuple. Le rôle de l’Etat n’est pas de faire à la place des acteurs de la vie civile. C’est le rôle d’un Etat Stratège.

Et cette vision, quelle pourrait-elle être ? Si l’on veut ici résumer ici nos 48 chroniques précédentes :

  • Eradiquer la Pauvreté et la Précarité avec la mise en oeuvre d’un véritable Revenu Universel. Je persiste et signe en disant que verser 1000 euros par mois à tous les majeurs et 500 euros à tous les mineurs ne coûterait que 35 milliards  (en plus des 100 milliards déjà financés aujourd’hui  pour les mesures de  solidarité auxquelles ce revenu  se substituerait). C’est-à-dire pas grand-chose (1,7 % de la richesse nationale). Cf ma chronique précédente reprise en partie dans le Monde.fr (Voir l’article)
  • Réduire drastiquement le chômage: par le passage aux 32 heures négociées par entreprise et avec comme contrepartie une réduction des charges sociales pour que le coût soit nul ou faible. Rappelons que la France est des pays les plus productifs du monde (au sens de la richesse créée par individu). Et que cette productivité essentiellement liée à l’automatisation a été fort heureusement accompagnée d’une baisse de la durée du travail. On se retrouverait sinon avec un chômage de plus de 10 millions de personnes ! (voir les travaux de Larouturrou et Méda).  Bien sûr on peut aussi améliorer notre positionnement dans la concurrence internationale, mais cela est lié à la capacité des entreprises de produire des produits de haute valeur ajoutée (comme en Allemagne).
  • Transformer la redistribution des richesses grâce à la mise en œuvre progressive de l’entreprise équitable où les salariés perçoivent sous forme d’actions un tiers de de la richesse restante une fois payées les charges dont les salaires. Avec le droit de participer au Conseil d’Administration. Cette entreprise du XXIème siècle est la seule façon de mobiliser toutes les énergies et de diminuer les inégalités. Cf notre article dans le Monde (avec Claude Escarguel et Hubert Viallet) – (Voir l’article)
  • Eradiquer l’agriculture non biologique en 15 ans par des incitations réglementaires et financières fortes et le nucléaire en 50 ans par une maitrise de la filière du démantèlement et la mise en œuvre des énergies renouvelables et le stockage efficace de l’électricité.

Tout le reste est certes important (la sante, l’éducation, la culture,…) mais en fait secondaire et découle en vérité de ces quatre orientations refondatrices. Dans cette présidentielle on en est loin.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

 

48ème chronique Pour en finir une fois pour toutes avec le soi-disant surcoût du Revenu Universel !

Compte-tenu de l’importance qu’a pris ce concept dans la campagne présidentielle, et bien que ces chroniques aient déjà largement développé l’intérêt et le mode de financement du Revenu Universel, il nous faut revenir sur ce que Benoit Hamon s’est bien caché, pour des raisons tactiques mais à tort, de développer lors des débats de la primaire de la Belle Alliance : son véritable coût.

Dit brutalement, un Revenu Universel de 1 000 euros par mois[1] pour tous les majeurs de plus de 18 ans et de 500 euros pour tous les mineurs de moins de 18 ans (c’est-à-dire bien plus que ce que propose le candidat socialiste) coûterait 600 milliards d’euros, soit 30 % du PIB français. Horreur !

Mais ce chiffre n’a aucun intérêt car il ne représente que les sommes en jeu et non pas le vrai coût net de ce dispositif. Or quel est ce vrai coût ?

D’abord il faut bien comprendre que c’est, au moins dans un premier temps et parce qu’il faut aller vite, l’impôt sur le revenu qui sera calé pour financer le dispositif.  Avec un principe essentiel :  le nouvel impôt permettra aux personnes qui en ont besoin de garder le Revenu Universel et à ceux qui n’en ont pas besoin de le rendre. Et contrairement à ce que dit Piketty (Le Monde du 11 décembre 2016 et 45 ème chronique Femerac ), qui ne comprend pas l’intérêt de donner le revenu universel puis de le reprendre par l’impôt, la vie est faite de contrariétés. Piketty devrait se promener dans les couloirs de Pôle Emploi et y voir ces milliers de gens qui croyaient ne jamais tomber dans la précarité et ne pas avoir besoin de ce Revenu Universel. C’est pour cette raison qu’il faut proposer le Revenu Universel à tout le monde. Mais, parce que la plupart des gens vont le rendre sous forme d’impôts, une grande partie des 600 milliards distribués sous forme de Revenu Universel sera récupérée par le système d’imposition.

Ensuite le Revenu Universel se substitue à tous les revenus de solidarité (allocations familiales, allocations logement, allocations vieillesse, RSA,…) dont le montant avoisine les 100 milliards d’euros (sources : Institut Montaigne 2014, e-ssentiel CAF, impôts,…) quand on y intègre le quotient familial qui perd en effet tout son sens avec l’existence du Revenu Universel.

On rappelle que le Revenu Universel laisse inchangés les systèmes de Sécurité Sociale et de retraites qui sont des revenus différés avec leurs propres modes de financement.

Dès lors, pour calculer le réel coût de ce dispositif il faut examiner ce qu’il manque aujourd’hui aux plus démunis pour leur permette d’atteindre les niveaux de revenus proposés par le Revenu Universel, compte-tenu des transferts dont ils bénéficient déjà. Or quand on croise les statistiques de l’INSEE sur le Revenu disponible (2014), c’est-à-dire ce dont disposent les ménages après transferts et impôts, avec celles de l’INED sur le nombre et la composition des ménages, on peut facilement estimer le besoin de financement supplémentaire aux 100 milliards déjà alloués sous forme de prestations diverses à environ 35 milliards d’euros[2]

Pour vaincre la pauvreté et la précarité, 35 milliards d’euros supplémentaires ce n’est pas grand chose. Alors qu’attendons-nous ?

De plus, chacun disposant avec le Revenu Universel d’un socle minimal de revenus, il est juste que tout euro supplémentaire gagné sous forme de salaire, retraite, bénéfice,…   devienne imposable. On rappelle ici que plus de 50 % des français ne payent pas d’impôts sur le revenu et donc pas d’impôts locaux. Ce qui n’est pas normal pour que chacun soit citoyen à part entière. Un taux de 5 puis 10 % sur les revenus aujourd’hui non imposables rapporterait au moins 20  milliards d’euros. Bien sûr pas question de faire payer le Revenu Universel par les catégories les plus modestes. Mais cela signifie que les marges de manœuvre fiscales sont énormes. D’autant plus que la suppression des allocations de toutes sortes ferait gagner en frais de gestion des milliards d’euros à l’Etat et surtout aux Collectivités Territoriales.

Le Revenu Universel c’est beau comme un camion et cela ne coûte pas (très) cher. Le Revenu Universel à 1000 euros par mois c’est juste, c’est possible, c’est 35 milliards d’euros et c’est maintenant.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

 

[1] On rappelle que le seuil de pauvreté est défini à 60 % du salaire médian c’est-à-dire 1000 euros par mois aujourd’hui.

[2]  Attention. Ce chiffre est une estimation Femerac qui ne demande qu’à être challengée.

47ème chronique Bannir le travail au noir !

On exagère à peine en affirmant, pour l’avoir largement testé, qu’il  existe peu d’entreprises artisanales, voire plus importantes, qui ne vous propose de payer en liquide tout ou partie d’un service rendu.  La Cour des comptes estimait en octobre 2014 et pour l’année 2012 entre 20 et 25 milliards d’euros le coût fiscal et social du travail dissimulé. Une étude menée en 2016 par l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) estimait cette fraude des entreprises à environ 7 milliards d’euros. Ce qui ramènerait la fraude à des niveaux importants en niveau absolu mais relativement modestes en niveau relatif (2%) et nous mettrait loin derrière dans le classement des mauvais élèves européens, loin derrière la Grèce et l’Italie !

Ces derniers chiffres sont difficiles à croire. Ces estimations sont en effet  fondées sur le recoupement de fichiers entre les différentes administrations. Mais elles ne mesurent pas la réalité du travail au noir qui ne passe par aucun document : celui du café vendu au bistrot d’à côté servi sans ticket et fabriqué avec du café acheté en liquide au supermarché du coin. Ni vu ni connu. Plus facile encore de dissimuler des cours particuliers ou des prestations de coiffure,…

Bien sûr cette pratique ne peut être que marginale (10-20 % ?), surtout pour des acteurs qui ont pignon sur rue, sous peine d’être trop facilement repérée. Difficile en effet de croire le patron d’une petite entreprise qui roule en 4X4 tout en déclarant un bénéfice à peine supérieur au SMIC ! Pour autant, dans une estimation grossière, si on estime à 10% ce type de dissimulation sur l’ensemble des secteurs pour lesquelles cette possibilité est ouverte (service aux particuliers , commerce, hôtellerie, bâtiment,…), et en constatant que plus de 50 % des transactions sont encore réglées en espèces en France, on peut estimer à au moins 50 milliards d’euros le montant total du travail au noir et donc estimer à plus de 10 milliards le montant des pertes fiscales et sociales qui viennent sans doute s’ajouter aux estimations de l’Acoss. On retrouve alors les chiffres de la Cour des Comptes.

Peu importe en réalité la valeur exacte de chiffres non vérifiables par définition. Il importe qu’ils soient non négligeables.

Faut-il alors laisser faire et se dire que ce travail au noir permet une respiration financière bienvenue pour des métiers qui « croulent sous les charges » ? Difficile à admettre, par pure justice, que certains puissent échapper à l’impôt et aux charges sociales alors que ce ne peut pas être le cas pour la majeure partie des salariés. Car réduire ou supprimer le travail au noir remettrait un peu baume au cœur des comptes publics.

Mais comment faire ?

Encourager le délation : c’est déjà une possibilité car la loi de Finances 2017 a autorisé, en expérimentation sur deux ans, la rémunération par le fisc des informations fournies par les citoyens en vue de sanctionner tout « manquement à une obligation fiscale ». Même si le français excelle dans ce genre de pratique délétère (cf la dénonciation des juifs pendant la 2ème guerre mondiale), nous ne saurions la recommander !

Alors il faut faire comme le gouvernement indien, agacé par l’importance de l’économie souterraine, qui vient de supprimer les billets les plus utilisés par la population. Si cette mesure est susceptible de freiner l’économie indienne qui règle ses transactions à plus de 90 % en espèces, elle pourrait sans beaucoup de problèmes être mise en place en France où il est seulement interdit depuis 2015 de régler les factures de plus de 1000 euros en espèces. Car au pays qui a inventé la carte bleue il ne saurait être très difficile de généraliser le paiement par carte monétique et par simple contact même pour payer sa baguette. Au même titre que les cartes de bus.  Il suffit que le système soit bien sécurisé (techniquement et financièrement, ce que l’on sait faire) et qu’on impose un système de paiement tôt ou tard inéluctable, et qui engendrerait des économies considérables (1)

 

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

(1) Un billet de banque a une durée de vie moyenne de 3 ans et son remplacement coûte plusieurs euros (c’est un chiffre gardé secret par la Banque de France) !!!. Par ailleurs il y a en France 57000 distributeurs à entretenir !

46ème chronique Vive la Sécu !

Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, et Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Sciences-Po, ont eu une bonne idée (Cf le Monde du 16 janvier 2016) : ils proposent de créer une assurance-maladie universelle. C’est-à-dire, pour simplifier, de supprimer progressivement toutes les assurances maladies complémentaires (dont 80% sont des mutuelles) et de confier à la Sécurité Sociale le rôle entier de remboursement des dépenses de santé, moyennant de la part des assurés une hausse (obligatoire) de leurs cotisations.

Leur argument est fondé sur un rapport de 2013 dont les conclusions sont assez surprenantes :  le coût de gestion de la Sécu est de l’ordre de 4% (6,5 milliards d’euros sur un total de 150 milliards de remboursements) alors qu’il est pour les mutuelles en moyenne de l’ordre de 19% (6 milliards sur un total de remboursements de 32 milliards). La Sécu modèle de gestion : incroyable… mais vrai !

Faire gérer par la Sécu traditionnelle l’ensemble des dépenses de santé économiserait a minima 6 milliards d’euros, puisqu’au-delà des economies de frais de gestion, il faut tenir compte du gain potentiel énorme issu du fait qu’un dossier médical ne sera plus traité qu’un fois au lieu de l’être deux fois dans le système actuel. Et ainsi économiser ce que les économistes appellent dans leur langage feutré, des coûts de transaction. Autrement dit des gâchis !

Même si l’OMS classe le système de santé français comme le premier au  monde en termes d’efficacité (cf Patrice Alloux  « La santé n’est pas une marchandise ») et celui des Etats-Unis, fondé sur des assurances privées, comme le 12ème seulement, on peut constater qu’il reste encore des marges de progression.

Mais alors pourquoi en est-on arrivé là ?

Les organismes de « complémentaire santé » se sont considérablement développés depuis 20 ans en raison de la diminution du taux de remboursement des régimes obligatoires. Ceux-ci couvrent aujourd’hui environ 78% de la dépense globale de soins, 54% des soins courants (médecins, médicaments, analyses) et parfois moins de 10% pour certaines dépenses spécifiques (optique, dentaire).

Car face à la hausse très importante des dépenses de santé (la consommation de soins et de biens médicaux représentait 3,4 % du PIB en 1960, 6,3 % en 1980 et 10,9 % en 2013 (ref  OCDE) , et qui le seront encore davantage à l’avenir avec le vieillissement de la population sauf à changer notre mode de consommation médicale, il a été choisi par les pouvoirs publics de diminuer les remboursements plutôt que d’augmenter les cotisations sociales (salarié ou employeur) ou la CSG (cotisation sociale généralisée). En laissant ainsi le champ libre à un système de cotisations volontaires payées par le seul assuré. Cette diminution de la qualité de la solidarité santé s’est traduite par le non accès aux soins des plus pauvres : le gouvernement Jospin a créé en 1999 la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) et le gouvernement Ayrault a créé en 2013 l’obligation pour les entreprises du secteur privé de proposer à leurs salariés une complémentaire santé, par un contrat collectif qu’elles devront financer à 50%.

Comment faire simple quand on peut faire très compliqué ! Et donc très coûteux.

L’idée de Hirsch-Tabuleau est donc à retenir d’urgence. Elle n’est en fait pas très originale : elle consiste à revenir à la Sécu d’antan, financée par le salarié et le patronat, en améliorant les prestations (optiques et dentaires en particulier). C’est en fait ce que propose Jean-Luc Mélenchon dans son programme présidentiel. Et, au moins sur ce point dont l’application est simple, il est en pointe sur tous les autres candidats.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

45ème chronique Piketty n’a pas tout compris !

Dommage ! Thomas Piketty, économiste désormais mondialement connu pour ses travaux sur les inégalités de revenu et la rentabilité du capital[1], a écrit un article (Le monde du 11 décembre « Revenu de base ou salaire juste) ») dans lequel il remet en cause l’intérêt du Revenu Universel car dit-il « si nous voulons vivre dans une société plus juste, alors il faut formuler des objectifs plus ambitieux, concernant l’ensemble de la répartition des revenus et de la propriété. » Vérité stratégique mais erreur tactique, commune à beaucoup d’acteurs de gauche (le revenu universel n’est pas dans le programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon pour la même raison que Piketty).

Bien sûr qu’il faut chercher à augmenter les salaires : on a, dans ces chroniques, largement commenté, comme beaucoup d’auteurs, le fait que la diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée depuis l’ère Reagan-Thatcher, était la cause profonde des crises économiques depuis 35 ans, crises résolues à court terme par une fuite en avant dans l’endettement. On a même écrit en ce sens au président du Medef (cf 26ème chronique de janvier 2016). Le problème c’est qu’on ne décrète pas du jour au lendemain un renversement de la distribution des revenus dans les entreprises. C’est le résultat d’un rapport de forces qui est très défavorable aux salariés quand le chômage est élevé (« si tu n’es pas content de ton maigre salaire, la porte est là, ils sont des milliers à lorgner ton emploi, … »).

Alors encore attendre avant de résoudre le problème crucial de la pauvreté ?!

A tout vouloir changer, on ne change rien. Le Revenu Universel à 1000 euros par mois pour les adultes et 500 euros pour les enfants (Benoît Hamon et les Verts sont bien timides dans leurs propositions[2] !) éradique la pauvreté, au moins au sens statistique du terme (revenus inférieurs à 60 % du revenu médian soit 1000 euros).

On peut le mettre en place rapidement (cf 31ème chronique d’avril 2016) en remplaçant toutes les aides et la plupart des exemptions fiscales (dont la famille), sans ne toucher évidemment ni aux indemnités chômage ni aux retraites qui sont des salaires différés. Son financement est simple : les entreprises continuent de payer (comme pour les allocations) mais de façon simplifiée et tout revenu est soumis à l’impôt de façon très progressive dès le premier euro gagné (hors revenu universel).

Quand Piketty affirme « je comprends mal ceux qui s’obstinent à vouloir verser un revenu de base de 500 euros par mois aux personnes touchant 2000 euros de salaire, pour ensuite reprendre la même somme en augmentant les impôts prélevés à la source. », il n’a décidément pas tout compris. Car il y a beaucoup de des gens qui ont un salaire un jour et rien ou pas grand-chose le lendemain : le revenu universel garantit de quoi vivre tout le temps, il crée une relation au travail différente, moins angoissée, plus mature, il laisse le temps pour la formation, il fait du chômage une période moins stressée. En lien avec les 32 heures, il permet de faire face à une société de plus en plus automatisée dont le salarié subit les impacts négatifs sur l’emploi. Il permet une simplification considérable des procédures administratives qui encombrent les instances départementales et les mairies, en supprimant tous les effets de seuil très  mal perçus, et de faire ainsi d’énormes gains de productivité dans la fonction publique permettant de combler les carences dans les hôpitaux ou l’éducation, …

Alors les hausse de salaires, bien sûr. Mais le revenu universel c’est maintenant[3].

* * *

Il faut reconnaitre que les deux journalistes du Monde que nous avons à juste titre vilipendés pour leur livre « un président ne devrait pas dire ça, … » ont reconnu, sans commentaires trop désagréables, le rôle digne et pertinent de Hollande à l’international (si Obama avait suivi Hollande en août 2013 sur les frappes en Syrie, on n’aurait pas eu Alep aujourd’hui !) et face au terrorisme (en dehors de l’erreur reconnue sur la déchéance de nationalité qui nous avait valu le très beau texte de « Murmures à la jeunesse »). On maintient ici, en synergie avec Julien Dray, et malgré quelques critiques (sympathiques) reçues, que ces confidences du président constituent un bel exercice de démocratie. Si Hollande a renoncé à son renouvellement, il est possible qu’il prenne rapidement des responsabilités dans des instances internationales.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

[1] « Les hauts revenus en France au XXème siècle » (Grasset 2001) et surtout « Le capital au XXIème siècle » (Seuil 2013)

[2] Un Revenu Universel à 750 euros par mois ne résoud rien car c’est à peu près ce que touchent aujourd’hui les pauvres en moyenne avec le système particulièrement complexes d’aides.

[3] Compte-tenu de l’importance du sujet et de l’incapacité des commentateurs de donner une vision claire du RU, nous allons nous donner pour tâche en 2017 (c’est bientôt l’heure des vœux) d’écrire un fascicule « le revenu universel à 1000 euros par mois, c’est juste, c’est maintenant et c’est possible ».

 

44ème chronique On ne parle pas comme ça d’un président…

Puisque cet ouvrage a créé des remous dans le landernau politique et médiatique, il fallait donc lire attentivement les 662 pages à l’écriture serrée du livre des deux grands reporters du Monde, Davet et Lhomme « Un président ne devrait pas dire ça… ». Peut-être est-on le seul en France à avoir eu cette exigence ; car, surprise, à l’inverse de ceux qui ont repris le commentaire de celui qui a repris le commentaire… de quelqu’un qui avait juste lu quelques pages, le président Hollande y apparait sous un jour plutôt favorable. Ce sont surtout les commentaires et critiques acerbes des journalistes, dont l’éthique est très discutable, qui donnent à cet ouvrage un caractère, il faut le dire, détestable[1]. A titre d’exemple,

  • page 201, « Et soudain, le prestidigitateur prend des allures de bonimenteur», sans que ce propos particulièrement agressif ne repose sur aucun fait ni aucune analyse ;
  • page 254 : « Délire de persécution, début de paranoïa? En même temps les faits auraient plutôt tendance à lui donner raison » ; pourquoi le traiter de cette manière s’il a raison ?

Au nom de quoi et de qui un tel dénigrement ? En tout état de cause, on ne parle pas comme ça d’un président. Le titre du livre lui-même est une provocation : Hollande a été très naïf de faire confiance à ces deux journalistes qui (cf le prologue) ne lui ont même pas permis de relire quoi que ce soit[2] et qui, in fine, dénigrent le personnage à un moment clé pour faire un best-seller : belle mentalité ! Mais l’ attitude de Hollande s’explique par son souci de mieux faire comprendre son action et à mon sens sur ce point et pour le lecteur honnête et attentif, il a réussi.

Nous avons dans nos chroniques beaucoup critiqué François Hollande pour son incapacité à trouver un souffle et une dynamique permettant de réduire le chômage (pourtant son objectif premier), de diminuer sinon vaincre la pauvreté et surtout, à la suite de la crise de 2008, de réguler un système capitaliste dont l’objectif premier devient de plus en plus de faire de l’argent avec de l’argent. Cette critique demeure : Hollande est un social libéral qui le revendique. Il ne mettra jamais en place les 32 heures (seule arme contre le chômage), ni le revenu universel à 1000 euros par mois (seule arme contre la pauvreté[3]) ni l’entreprise équitable (seule arme pour résoudre dès sa création le problème du partage des richesses et faire entrer l’entreprise dans le XXIème siècle).  Lesquelles mesures conjuguées avec une décision publique et privée (par incitations) systématiquement déterminée par des considérations écologiques et dans le cadre d’une démocratie locale réanimée, constituent les trois piliers d’une nouvelle économie, non révolutionnaire car elle ne remet pas en cause l’économie de marché, mais plus juste et plus efficace.   Mais aucun candidat aujourd’hui déclaré à la présidentielle de 2017 ne propose ces trois mesures et un tel système et cadre de décisions. On y reviendra.

Pour autant, la gestion sociale-libérale de Hollande n’est pas si critiquable si on la considère en tant que telle. C’est la (seule !) vertu du livre de montrer qu’un homme honnête et intègre, travailleur et extrêmement compétent en économie[4],  essaye dans tous ses processus de décisions et de nominations de prendre le recul nécessaire et de tenir compte des qualités et des défauts des hommes avant de les nommer. On comprend mieux ainsi qu’il a eu à subir en 2012 une situation économique catastrophique (Sarkozy ayant fait retarder au maximum les plans sociaux), des comptes publics dégradés (une dette de plus de 85% du PIB et un  déficit public de 5,2 % complétement en dehors des clous européens) et des impôts à la hausse décidés en 2011 pour s’appliquer en 2012 !

On comprend mieux ce qu’il s’est passé à Florange (aucun licenciement, des investissements supplémentaires et un centre de recherche ; la nationalisation partielle de Montebourg étant vouée à l’échec par les mesures de rétorsions annoncées par Mittal), à Notre Dame des Landes (le respect de la démocratie pour un projet voté par les élus et conforté par un référendum), pour l’écotaxe et les bonnets rouges (projet annulé car mal ficelé par Sarkozy pour application en 2014 !), au niveau européen (risque d’éclatement de la zone euro), avec le droit de vote des étrangers aux élections locales (majorité des 3/5 au Parlement réuni en Congrés introuvable), avec Valérie Trierweiler (et son livre déplacé) ,…

Sans réduire de beaucoup les dépenses publiques, c’est-à-dire sans austérité, il a augmenté les impôts (en plus des hausses Sarkozy-Fillon) pour réduire les déficits, mais 75 à 80 % des recettes fiscales nouvelles ont été trouvées chez 10 % des contribuables, ce qui est redistributif (page 224).

Sa politique de l’offre (le CICE crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, la loi travail) s’explique par la mauvaise situation des entreprises depuis la crise de 2008. Une politique de la demande ne peut se mettre en place que si les entreprises peuvent y répondre. C’est l’absence de contreparties en termes d’emplois et d’investissement qui est critiquable.

Bref il fallait avoir sur l’action de François Hollande un regard plus objectif pour quelqu’un dont les auteurs conviennent pourtant (p289) qu’il a honoré à l’automne 2016 l’essentiel de ses promesses.

                                                                                                                  * *  *

La prochaine élection se fera sans Sarkozy et sans Hollande, trop impopulaires. Nous avons perdu notre pari (cf Chronique n°2). La présidentielle est donc ouverte entre une gauche éclatée, un François Fillon qui se croit au XIX ème siècle et une Marine Le Pen qui veut transformer la France en citadelle haineuse. Les combats qui s’engagent seront acharnés !!!

Avec un peu de bon sens, bon sang !

FEMERAC

[1] Que le lecteur non convaincu par mon propos s’astreigne à ne lire dans le livre que les passages entre guillemets, c’est-à-dire les seules paroles citées de Hollande. L’exercice est éclairant !

[2] François Hollande a promis, parce que le président est juridiquement inattaquable, de ne pas ester en justice au cours de son mandat. Promesse tenue, y compris lors de l’affaire Closer avec son scooter et Julie Gayet.

[3] Le dossier récent d’Alternatives Economiques (Novembre 2016) sur le sujet, qui doute de la faisabilité financière d’un tel revenu, devrait tenir compte de notre 31ème chronique d’avril dernier : ce revenu est financé parce que chaque euro de revenu tiré du travail ou du capital est systématiquement soumis à l’impôt dans le cadre d’un système fiscal très progressif. Ceci est juste, efficace et pertinent.

[4] Ce qui n’est pas le cas des deux journalistes dont les commentaires économiques prêtent à sourire, en particulier à propos de Keynes et des salaires (p218).

43ème chronique Trump et les sondages

L’élection de Donald Trump est une catastrophe. Et les commentateurs, peu avisés, de critiquer encore les sondages qui n’ont pas su « prévoir » ; rassurant les mal classés des sondages d’aujourd’hui : Sarkozy contre Juppé pour la primaire des droites, Le Pen contre X au second tour des présidentielles, … Il faut dès lors que le modeste statisticien qu’est l’auteur de ces chroniques rappelle quelques évidences pour mettre un terme à ces délires médiatiques :

  • Les sondages ne sont pas et n’ont jamais été des prévisions : ils donnent simplement à l’instant où ils sont réalisés, et pour ce seul instant, l’intention de vote de la population sondée.
  • Cette intention varie : dans les « swing states », ces Etats traditionnellement clés dans les élections aux Etats-Unis, l’évolution des intentions de vote montre une alternance entre Trump et Clinton au cours des derniers mois (cf par exemple le graphique du Monde du 3 novembre concernant la Caroline du Nord qui confirme la nette remontée de Trump lors des premiers jours de Novembre, notamment après que le FBI ait annoncé la reprise de l’enquête sur les mails d’Hillary Clinton : Trump peut dire un grand merci au directeur du FBI pour ce qu’on peut appeler une véritable manipulation électorale).
  • L’écart dans les sondages encore favorables à Clinton dans les derniers jours était du coup très faible, et notamment inférieur aux marges d’erreur technique (de l’ordre de 2%), liées à la modeste taille de l’échantillon testé, surtout quand les sondages s’appliquent à 50 Etats différents à la fois.
  • Rappelons également que l’abstention a été très importante (54,2 % de votants) : il ne suffit pas que le sondé dise pour qui il a l’intention de voter, encore faut-il qu’il vote ! Et enfin que Clinton a obtenu davantage de voix que Trump, ce qui mesure la difficulté de l’exercice des sondages lorsque deux candidats sont au coude à coude.

 

Cette difficulté se trouve renforcée lorsque les deux candidats ne suscitent guère l’enthousiasme, alors que c’était le cas lors de l’élection d’Obama. Le personnage de Donald Trump, sexiste et menteur, est détestable. Mais Hillary Clinton, qui avait déjà eu du mal à devancer Bernie Sanders, est une caricature de l’ « establishement » américain (c’est-à-dire ceux qui ont le pouvoir), peu empathique, au sourire artificiel et aux discours peu crédibles. Beaucoup d’électeurs ont voté contre Trump plutôt que pour elle et ont hésité jusqu’au dernier moment avant de le faire plutôt que d’aller à la pêche.

Alors une surprise l’élection de Donald Trump ? Pas quand on analyse précisément les sondages qui ont précédé l’élection. Mais pour sûr une mauvaise nouvelle.

Faut-il pour autant s’interroger sur les limites de la démocratie et la sagesse du peuple ? Et ne pas accepter que les esprits faibles, qui rejettent leur désarroi sur les étrangers, votent massivement pour des caricatures dont on sait pertinemment qu’ils ne résoudront aucun de leurs problèmes ?  Reprenons ici les mots de Lamartine lors de l’élection de Louis Napoléon Bonaparte en 1848 et cité par Dominique Rousseau, professeur à Paris I Panthéon-Sorbonne dans le Monde du 16 novembre : « Il y a des moments d’aberration dans les multitudes, il y a des noms qui entraînent les foules comme le mirage les troupeaux, comme le lambeau de pourpre attire les animaux privés de raison ; eh bien, malgré cela, je n’hésite pas à me prononcer en faveur de l’élection du président par le peuple. Et si le peuple se trompe, s’il veut abdiquer sa sûreté, sa dignité, sa liberté entre les mains d’une réminiscence d’Empire, s’il nous désavoue et se désavoue lui-même, eh bien tant pis pour le peuple ! Ce ne sera pas nous, ce sera lui qui aura manqué de persévérance et de courage. »

Sur l’analyse économique du phénomène Trump, reprenons le constat  pertinent, même si incomplet, d’Agnès Benassy-Quéré (Le Monde du 9 novembre), présidente déléguée du Conseil d’analyse économique en France : « Ce résultat illustre ce que l’on pressentait depuis longtemps : la mondialisation n’est pas soutenable pour un pays qui refuse d’en redistribuer les fruits par l’impôt et les services publics. Aux Etats-Unis, les dépenses publiques représentent environ 37 % du produit intérieur brut, contre plus de 50 % dans les pays scandinaves qui, eux, sont à l’aise avec la mondialisation. Toutefois, le vote Trump n’est pas majoritairement celui des plus pauvres : c’est celui des classes moyennes inférieures, dans les régions les plus désindustrialisées. »

Ce n’est pas certainement pas le milliardaire Trump, qui vient d’annoncer une nouvelle dérégulation du système financier, laquelle a conduit à la crise de 2008, qui va être l’élément moteur de cette redistribution. De beaux jours devant nous !!!

Avec un peu de bon sens, bon sang !

FEMERAC

42ème chronique Salauds de pauvres et de migrants !

La manchette du Monde du 1er novembre fait froid dans le dos : « L’hostilité envers les pauvres s’exprime de plus en plus ouvertement en France ».

Elle se traduit, toujours selon ce journal, par une « dégradation des centres d’accueil, des arrêtés anti-mendicité, une chasse aux sans-abris ». Migrants et SDF se font concurrence pour des hébergements en nombre largement insuffisant. De plus en plus « les communes et les français rejettent ces populations ».

Franchement insupportable.

Comment la cinquième ou sixième puissance au monde (selon le cours de la livre) peut-elle, avec ses 2 000 milliards d’euros de PIB c’est-à-dire de richesse créée, et ses 65 millions d’habitants ne pas consacrer quelques moyens à des dizaines de milliers de sans-abri et quelques milliers de migrants ? Et ne parlons pas de l’Europe, la zone la plus riche du monde avec ses 510 millions d’habitants. Le Liban avec son PIB de 47 milliards de dollars (43 milliards d‘euros) et sa population de 4 millions d’habitants accueille aujourd’hui 1 million et demi de migrants syriens.

Bien sûr il y a des SAMU sociaux, 450 centres d’accueil et d’orientation pour migrants, des bénévoles mobilisés au travers des ONG et par initiative individuelle. Bien sûr il y a des communes accueillantes et dynamiques comme Grande-Synthe dans le Nord. Mais règne globalement un rejet du SDF et du migrant, et des pauvres en général, comme si c’était le miroir insupportable d’une déchéance future possible ; comme si le fait de plus ou moins s’en sortir n’était lié qu’à nos seules capacités propres, sans tenir compte des aléas de la vie (maladies, décès, incapacités, divorces, guerres,…) qui brisent et excluent les individus.

Bien sûr la haine de l’autre, de l’étranger, du différent, … a toujours existé, mais elle s’exacerbe dans une société qui n’a pourtant jamais été aussi riche (si on exclut les 15 % de pauvres) mais malheureusement jamais aussi individualiste dans un consumérisme exacerbé. Adieu compassion et solidarité et bonjour moi. Et voilà comment les esprits faibles, de gauche et de droite, amènent de moins en moins subrepticement les forces brunes au pouvoir.

Bien sûr selon la formule bien connue de Michel Rocard, « l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde » en ajoutant, ce que tout le monde oublie et notamment Sarkozy lors de « l’Emission Politique » sur France 2 le 15 septembre dernier, « mais elle peut prendre sa part de cette misère.»

Dans les programmes des candidats à la présidentielle, rien pour vaincre la pauvreté sauf chez Mélenchon (« abolir la précarité » mais avec des mesures bien légères et bien peu efficaces) et chez les verts (« un revenu universel inconditionnel et personnalisé » ce qui est vague), et rien pour l’accueil favorable des migrants, bien au contraire.

Alors que diable, un peu de solidarité et de courage politique. Pour un revenu universel conséquent qui éradique la pauvreté (cf  31ème chronique) et un dispositif conséquent d’hébergement des SDF et un accueil positif et une  prise en charge dynamique des migrants. Pour que la France redevienne une terre d’asile et de solidarité, et non pas une zone de haine et d’égoïsme.

Avec un peu de bon sens, bon sang !

FEMERAC

41ème chronique Pour en finir vraiment avec le chômage !

Pour ceux qui avaient encore des doutes, les non convaincus, les partisans du travailler plus pour gagner plus …ou moins, il est urgent de lire le dernier ouvrage de Pierre Larrouturou et Dominique Méda : « Einstein avait raison – il faut réduire le temps de travail » (Les Editions Ouvrières 2016). Un constat et une démonstration incontournables.

Le progrès technique a procuré des gains de productivité qui ont été multipliés par deux de 1820 à 1960 et par cinq de 1960 à 2015 (pp74-75). Ce qui signifie que pour la même production, on a besoin de cinq fois moins de main-d’œuvre qu’il y a cinquante ans !  Or le PIB (l’indicateur de croissance) a été multiplié par 4,6 depuis 1960 (source INSEE) : on a donc besoin de moins de main d’œuvre aujourd’hui qu’à l’époque ! Pendant ce temps la population active (occupés et chômeurs) est passée de 19 à 29 millions environ. On devrait donc mécaniquement retrouver aujourd’hui plus de 10 millions de chômeurs car en 1960 le chômage était quasiment inexistant !

C’est la baisse effective de la durée du travail au cours de ces cinquante dernières années qui a limité en partie le nombre de chômeurs car le nombre d’heures travaillées est bien resté le même ! Sait-on qu’aux US la durée hebdomadaire du travail est désormais de 33,7 heures par semaine, qu’en Allemagne elle est de 30,3 heures et à peine 30 heures aux Pays-Bas (pp82 à 85) ! Car il ne faut pas comparer, comme c’est le cas dans la plupart des statistiques affichées, la durée du travail des emplois à temps complet mais la moyenne de la durée du travail de tous les emplois y compris à temps partiel.  L’Allemagne a créé 4 millions d’emplois entre 1994 et 2014 sans augmenter d’une seule heure le nombre d’heures totales travaillées. Le temps partiel y représente 27% de l’emploi total contre 18 % en France. C’est pour cette unique raison que le taux de chômage est plus faible qu’en France que dans ces trois pays[1].

La véritable question n’est donc pas de réduire le temps de travail car c’est la seule solution. Elle est de savoir si cette réduction doit être subie (je voudrai un emploi à plein temps mais je suis obligé d’accepter un emploi à temps partiel, ce qui est le cas de la grande majorité des personnes travaillant à temps partiel) ou voulue (partage organisé du temps de travail grâce à la généralisation de la semaine à 32 heures permettant à chacun de trouver un emploi à temps plein).

Le problème est désormais crucial car la numérisation et la robotisation des économies vont encore faire disparaitre des centaines de milliers d’emplois dans les années à venir.

Or la mise en œuvre de la semaine de 4 jours et quasiment sans baisse de salaires peut se faire sans surcoût car globalement les emplois nouveaux sont financés par la baisse des cotisations sociales et les impôts supplémentaires permis par les hausses d’emplois (cf Patrick Artus 1993 ou le rapport Romagnan Assemblée Nationale déc 2014).  Toutes les expériences menées dans le cadre des lois ROBIEN ou des premières lois AUBRY à la fin des années 90 ont été concluantes : Mamie Nova, La Macif, Yprema, les brioches Pasquier,…

Tous les acteurs politiques sont persuadés que c’est la seule solution pour en finir avec le chômage (pp238-239) :

  • Jacques Chirac en 1995 : « pourquoi ce qui se fait chez Pasquier ne se fait pas ailleurs ? » ;
  • Gérard Larcher, actuel président du Sénat , déposait en 1993 un amendement pour expérimenter les 32 heures ;
  • Jacques Barrot, ministre du travail en 1997 : « Larrouturou a raison : on peut créer 2 millions d’emplois en passant à 4 jours » ;
  • Le rapport Boissonnat en 1995 : « il faut baisser la durée du travail de 20 à 25% d’ici 20 ans » ;
  • -…

Alors que diable, un peu de courage politique.

Avec un peu de bon sens, bon sang !

FEMERAC

 

 

[1] Il y a en réalité une autre raison : c’est le taux d’activité : beaucoup de personnes renonce à rechercher un emploi et sortent des statistiques. On a déjà montré (cf 10ème chronique juin 2015) que le taux de chômage était un indicateur tout à fait inapproprié.