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46ème chronique Vive la Sécu !

Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, et Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Sciences-Po, ont eu une bonne idée (Cf le Monde du 16 janvier 2016) : ils proposent de créer une assurance-maladie universelle. C’est-à-dire, pour simplifier, de supprimer progressivement toutes les assurances maladies complémentaires (dont 80% sont des mutuelles) et de confier à la Sécurité Sociale le rôle entier de remboursement des dépenses de santé, moyennant de la part des assurés une hausse (obligatoire) de leurs cotisations.

Leur argument est fondé sur un rapport de 2013 dont les conclusions sont assez surprenantes :  le coût de gestion de la Sécu est de l’ordre de 4% (6,5 milliards d’euros sur un total de 150 milliards de remboursements) alors qu’il est pour les mutuelles en moyenne de l’ordre de 19% (6 milliards sur un total de remboursements de 32 milliards). La Sécu modèle de gestion : incroyable… mais vrai !

Faire gérer par la Sécu traditionnelle l’ensemble des dépenses de santé économiserait a minima 6 milliards d’euros, puisqu’au-delà des economies de frais de gestion, il faut tenir compte du gain potentiel énorme issu du fait qu’un dossier médical ne sera plus traité qu’un fois au lieu de l’être deux fois dans le système actuel. Et ainsi économiser ce que les économistes appellent dans leur langage feutré, des coûts de transaction. Autrement dit des gâchis !

Même si l’OMS classe le système de santé français comme le premier au  monde en termes d’efficacité (cf Patrice Alloux  « La santé n’est pas une marchandise ») et celui des Etats-Unis, fondé sur des assurances privées, comme le 12ème seulement, on peut constater qu’il reste encore des marges de progression.

Mais alors pourquoi en est-on arrivé là ?

Les organismes de « complémentaire santé » se sont considérablement développés depuis 20 ans en raison de la diminution du taux de remboursement des régimes obligatoires. Ceux-ci couvrent aujourd’hui environ 78% de la dépense globale de soins, 54% des soins courants (médecins, médicaments, analyses) et parfois moins de 10% pour certaines dépenses spécifiques (optique, dentaire).

Car face à la hausse très importante des dépenses de santé (la consommation de soins et de biens médicaux représentait 3,4 % du PIB en 1960, 6,3 % en 1980 et 10,9 % en 2013 (ref  OCDE) , et qui le seront encore davantage à l’avenir avec le vieillissement de la population sauf à changer notre mode de consommation médicale, il a été choisi par les pouvoirs publics de diminuer les remboursements plutôt que d’augmenter les cotisations sociales (salarié ou employeur) ou la CSG (cotisation sociale généralisée). En laissant ainsi le champ libre à un système de cotisations volontaires payées par le seul assuré. Cette diminution de la qualité de la solidarité santé s’est traduite par le non accès aux soins des plus pauvres : le gouvernement Jospin a créé en 1999 la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) et le gouvernement Ayrault a créé en 2013 l’obligation pour les entreprises du secteur privé de proposer à leurs salariés une complémentaire santé, par un contrat collectif qu’elles devront financer à 50%.

Comment faire simple quand on peut faire très compliqué ! Et donc très coûteux.

L’idée de Hirsch-Tabuleau est donc à retenir d’urgence. Elle n’est en fait pas très originale : elle consiste à revenir à la Sécu d’antan, financée par le salarié et le patronat, en améliorant les prestations (optiques et dentaires en particulier). C’est en fait ce que propose Jean-Luc Mélenchon dans son programme présidentiel. Et, au moins sur ce point dont l’application est simple, il est en pointe sur tous les autres candidats.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC