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48ème chronique Pour en finir une fois pour toutes avec le soi-disant surcoût du Revenu Universel !

Compte-tenu de l’importance qu’a pris ce concept dans la campagne présidentielle, et bien que ces chroniques aient déjà largement développé l’intérêt et le mode de financement du Revenu Universel, il nous faut revenir sur ce que Benoit Hamon s’est bien caché, pour des raisons tactiques mais à tort, de développer lors des débats de la primaire de la Belle Alliance : son véritable coût.

Dit brutalement, un Revenu Universel de 1 000 euros par mois[1] pour tous les majeurs de plus de 18 ans et de 500 euros pour tous les mineurs de moins de 18 ans (c’est-à-dire bien plus que ce que propose le candidat socialiste) coûterait 600 milliards d’euros, soit 30 % du PIB français. Horreur !

Mais ce chiffre n’a aucun intérêt car il ne représente que les sommes en jeu et non pas le vrai coût net de ce dispositif. Or quel est ce vrai coût ?

D’abord il faut bien comprendre que c’est, au moins dans un premier temps et parce qu’il faut aller vite, l’impôt sur le revenu qui sera calé pour financer le dispositif.  Avec un principe essentiel :  le nouvel impôt permettra aux personnes qui en ont besoin de garder le Revenu Universel et à ceux qui n’en ont pas besoin de le rendre. Et contrairement à ce que dit Piketty (Le Monde du 11 décembre 2016 et 45 ème chronique Femerac ), qui ne comprend pas l’intérêt de donner le revenu universel puis de le reprendre par l’impôt, la vie est faite de contrariétés. Piketty devrait se promener dans les couloirs de Pôle Emploi et y voir ces milliers de gens qui croyaient ne jamais tomber dans la précarité et ne pas avoir besoin de ce Revenu Universel. C’est pour cette raison qu’il faut proposer le Revenu Universel à tout le monde. Mais, parce que la plupart des gens vont le rendre sous forme d’impôts, une grande partie des 600 milliards distribués sous forme de Revenu Universel sera récupérée par le système d’imposition.

Ensuite le Revenu Universel se substitue à tous les revenus de solidarité (allocations familiales, allocations logement, allocations vieillesse, RSA,…) dont le montant avoisine les 100 milliards d’euros (sources : Institut Montaigne 2014, e-ssentiel CAF, impôts,…) quand on y intègre le quotient familial qui perd en effet tout son sens avec l’existence du Revenu Universel.

On rappelle que le Revenu Universel laisse inchangés les systèmes de Sécurité Sociale et de retraites qui sont des revenus différés avec leurs propres modes de financement.

Dès lors, pour calculer le réel coût de ce dispositif il faut examiner ce qu’il manque aujourd’hui aux plus démunis pour leur permette d’atteindre les niveaux de revenus proposés par le Revenu Universel, compte-tenu des transferts dont ils bénéficient déjà. Or quand on croise les statistiques de l’INSEE sur le Revenu disponible (2014), c’est-à-dire ce dont disposent les ménages après transferts et impôts, avec celles de l’INED sur le nombre et la composition des ménages, on peut facilement estimer le besoin de financement supplémentaire aux 100 milliards déjà alloués sous forme de prestations diverses à environ 35 milliards d’euros[2]

Pour vaincre la pauvreté et la précarité, 35 milliards d’euros supplémentaires ce n’est pas grand chose. Alors qu’attendons-nous ?

De plus, chacun disposant avec le Revenu Universel d’un socle minimal de revenus, il est juste que tout euro supplémentaire gagné sous forme de salaire, retraite, bénéfice,…   devienne imposable. On rappelle ici que plus de 50 % des français ne payent pas d’impôts sur le revenu et donc pas d’impôts locaux. Ce qui n’est pas normal pour que chacun soit citoyen à part entière. Un taux de 5 puis 10 % sur les revenus aujourd’hui non imposables rapporterait au moins 20  milliards d’euros. Bien sûr pas question de faire payer le Revenu Universel par les catégories les plus modestes. Mais cela signifie que les marges de manœuvre fiscales sont énormes. D’autant plus que la suppression des allocations de toutes sortes ferait gagner en frais de gestion des milliards d’euros à l’Etat et surtout aux Collectivités Territoriales.

Le Revenu Universel c’est beau comme un camion et cela ne coûte pas (très) cher. Le Revenu Universel à 1000 euros par mois c’est juste, c’est possible, c’est 35 milliards d’euros et c’est maintenant.

Avec un peu bon sens, bon sang !

FEMERAC

 

[1] On rappelle que le seuil de pauvreté est défini à 60 % du salaire médian c’est-à-dire 1000 euros par mois aujourd’hui.

[2]  Attention. Ce chiffre est une estimation Femerac qui ne demande qu’à être challengée.